limmigration : Un pas de plus vers lextrême-droite
Un pas de plus vers l’extrême-droite
Présent sur tous les terrains, jamais avare de propositions, surtout si elles sont démagogiques, Nicolas Sarkozy a annoncé le mois dernier une nouvelle loi sur l’immigration, dont l’avant-projet a été validé par De Villepin à l’occasion d’un Comité interministériel de contrôle de l’immigration (Cici). Une loi de plus sur ce sujet, qui cette fois ci tente de séduire les franges les plus extrêmes de la droite, et l’extrême droite. Derrière l’expression "immigration choisie", c’est une réorganisation complète et en profondeur de la politique française d’immigration qui se profile, foulant aux pieds un certain nombre de droits fondamentaux. Décrypta
Flatter l’électorat d’extrême droite :
L’ANNONCE
En annonçant une prochaine loi sur l’immigration, Nicolas Sarkozy et le gouvernement parlent de passer "d’une immigration subie à une immigration choisie":"il faut d'abord retrouver la maîtrise quantitative des flux. C'est une condition impérative si nous voulons restaurer une vision positive de l'immigration et rendre possible l'intégration des immigrés"
LA RÉALITÉ
L’idée d’immigration subie suggère qu’il n’y aurait pas eu de maîtrise des flux migratoires ces dernières décennies. En fait, l’immigration représente aujourd’hui 7,65% de la population. Ce chiffre était de 7,5% en 1975 ! Le mythe de flux incessants d’immigrés n’est utilisé que pour flatter les électeurs de l’extrême-droite, qui a toujours fait de cette question son fonds de commerce électoral.
Des solutions qui ne sont pas adaptées :
L’ANNONCE
"Nous devons attirer des travailleurs qualifiés, des créateurs d'entreprises, des chercheurs, des professeurs d'université, par un système de points à la canadienne", et création d’une carte de travail de trois ans dite "capacités et talents"
LA RÉALITÉ
En matière de vie familiale ou de réfugiés, les quotas sont contraires à la Constitution. Ce n’est pas le cas pour l’immigration de travail, mais la politique
des quotas, telle qu’elle est préconisée, a échoué partout où elle a été mise en place. Pour les travailleurs qualifiés, les quotas ne sont jamais atteints, et pour les non-qualifiés, ils sont toujours dépassés dans des proportions massives. Par ailleurs, s’il existe des besoins de main-d’oeuvre dans des secteurs hautement qualifiés, il est préférable d’éviter qu’ils conduisent à un pillage des matières grises des pays d’immigration. La solution aux problèmes que peut poser l’immigration réside dans l’aide au développement de ces pays, visant à leur autonomie.
Remplacer les droits par le marché :
L’ANNONCE
"Le respect de la vie familiale est une de nos valeurs et constitue une des conditions de l’intégration"
LA RÉALITÉ
Il existe aujourd’hui trois voies légales d’immigration : l’asile politique (138 269 en 1993, 100 838 en 2003) d’une part ; le lien avec un Français ou un
étranger établi légalement en France, d’autre part ; l’autorisation de travail, enfin. Dans les pays qui ont une politique migratoire équilibrée, on respecte les deux premières voies, qui sont fondées sur des droits, et on favorise ou non l’immigration de travail, domaine dans lequel les Etats ont toute liberté de choix. Le gouvernement souhaite favoriser l’immigration de travail et restreindre les conditions du regroupement familial. Il s’agit donc de substituer à l’immigration fondée sur des droits celle sélectionnée par le marché du travail. Aujourd’hui, le regroupement familial constitue 80% de l’immigration légale. Revenir sur ce droit, c’est empêcher des personnes qui résident légalement sur notre sol pour une longue durée d’être rejointes par leur famille. Ainsi, en 2002, sur 124 000 titres de séjours délivrés, 45000 l’ont été à des conjoints de Français.
Le gouvernement va provoquer l’augmentation du nombre de sans-papiers :
L’ANNONCE
Sarkozy affirme que l’on accueillera mieux les réfugiés et les immigrés si l’on est "capables d’endiguer l’immigration clandestine et de réguler l’immigration illégale".
LA RÉALITÉ
On ne peut empêcher durablement un père ou une mère de vivre avec son conjoint ou ses enfants. Il finissent par immigrer en France et vivre alors en situation irrégulière. La Convention européenne des droits de l’homme les protège contre les expulsions. Le mécanisme de régularisation individuelle prévoit qu’au bout de dix ans de présence dans le pays - et c’est très long – si l’immigré entré de façon irrégulière est toujours là, il doit être automatiquement régularisé. Cela porte sur 25 000 régularisations par an. En revenant sur ce système, le gouvernement va provoquer l’explosion du nombre de sans papiers, et inéluctablement la nécessité d’une régularisation massive à un moment, avec les conséquences que l’on connaît : afflux des pays voisins de nouveaux candidats, et donc de nouveaux irréguliers.