
Nicolas Sarkozy : « Si nous sommes couchés, nous ne sommes pas des amis »
Sa dernière visite aux Etats-Unis, pour le cinquième anniversaire du 11-septembre, a été pour Nicolas Sarkozy l’occasion de se « pousser du col » en court-circuitant au passage les autorités normalement habilitées à traiter des sujets de politique étrangère et en outrepassant largement ses compétences de ministre de l’intérieur.
1. A New York et à Washington, Nicolas Sarkozy a joué à l’apprenti sorcier avec la relation franco-américaine et avec la politique étrangère de la France. Fascination face à Bush : les conseillers de Sarkozy se sont rengorgés du « tête-à-tête » de quarante-cinq minutes avec le président américain – en fait, un court entretien d’un quart d’heure. Cadeau empoisonné que la bénédiction du Président américain le plus impopulaire de tous les temps auprès des Français et comptant parmi les plus contestés dans son propre pays !
2. Sur le fond, Nicolas Sarkozy a une fois de plus montré son tropisme atlantiste, en particulier à l’occasion de son discours devant la French American Foundation. Se posant, avec sa mégalomanie habituelle, en successeur de Lafayette et de Rochambeau, il proclame vouloir « rebâtir la relation transatlantique sur un socle de confiance et de responsabilité partagée ». Cela veut dire, en fait, faire comprendre aux Français que la crise iraquienne de 2003 a été la plus grave depuis celle provoquée par le retrait de la France , en 1966, du commandement militaire intégré de l’OTAN (retrait décidé… par le général de Gaulle dont se réclame la formation politique qu’il préside !). Remarque symptomatique : ce sont les moments où la France fait entendre sa voix de manière autonome qui correspondent à des traumatismes pour les Américains.
3. Sarkozy s’arroge le droit de se désolidariser de la position du gouvernement auquel il appartient. Il a ainsi dénoncé la « grandiloquence stérile », l’ arrogance et la « mauvaise foi » des autorités françaises à l’occasion de cette crise.
Il a par ailleurs adopté un langage d’une ambiguïté inquiétante sur l’Iran : « la diplomatie doit être notre arme principale mais il faut laisser toutes les options ouvertes ». Ce type de rhétorique ressemble étrangement à celle utilisée par un certain George W. Bush en 2002-2003 avant de se lancer à l’assaut de l’Iraq. Comprendre : la France de Sarkozy se rangerait comme un seul homme derrière l’administration américaine si celle-ci, après avoir semé le chaos en Iraq, décidait de faire de même en Iran.
Rappelons que la position officielle de la France est actuellement plus nuancée, puisqu’elle n’envisage que des sanctions – qui font partie de la panoplie diplomatique – et n’exclut pas la poursuite des négociations avec l’Iran. Sarkozy, lui, préfère parler d’ « un gage de fébrilité ». Et faire monter les enchères.
4. « Assis – couché – debout » ? ou la gymnastique de l’alignement. Au total, Nicolas Sarkozy en a appelé à une relation d’amitié, franche et directe, entre la France et les Etats-Unis, une relation où les Français continueraient d’être « des amis debout » : « si nous sommes couchés, nous ne sommes pas des amis ». Pourtant, le ministre d’Etat a soigneusement évité, durant sa tournée américaine, les sujets qui fâchent, et notamment ceux qui, en tant que ministre de l’intérieur, le concernent au premier chef : la conciliation entre la lutte contre le terrorisme et la protection des libertés individuelles et des droits de l’homme. De Guantanamo, d’Abu Ghraib, des juridictions d’exception, il n’a nullement été question, pas plus d’ailleurs que de l’enlisement en Iraq. Ni dans ses discours, ni lors de l’entretien avec le « Commander-in-Chief ». Tout cela ressemble bien à une posture couchée.
C’est à une rupture avec la politique étrangère de la France , avec la capacité à faire entendre une voix originale dans le monde, à un alignement sur les Etats-Unis que Nicolas Sarkozy veut en réalité procéder.
Note réalisée avec l'aimable collaboration d’Alexandre Escorcia