Obsession de Sarkozy
L’obsession ultra-libérale de Sarkozy
Au nom d’une prétendue rupture avec notre modèle économique, Nicolas Sarkozy entend clairement balayer tous les obstacles au déploiement d’une politique ultralibérale teintée de conservatisme et d’américanisme.
Rupture ou imposture ? Derrière une stratégie « attrape-tout » censée séduire l’électorat populaire et ses aspirations contradictoires, le discours sarkozyste révèle un net raidissement idéologique aux accents néo-conservateurs. Sous couvert de radicalité, le patron de l’UMP jette l’opprobre sur notre modèle économique, au prix d’un véritable reniement des acquis sociaux. « Il est convaincu, comme beaucoup de libéraux en France et dans le monde, que l’État est un fardeau, l’impôt un frein à l’initiative, le droit du travail une rigidité, la redistribution un objectif archaïque, résume Éric Besson, secrétaire national du PS à l’économie. De ce fait, la « rupture » qu’il propose s’inspire, en droite ligne, du seul modèle qui trouve grâce à ses yeux : le modèle américain. »
Le « modèle français » que l’on qualifiait naguère « d’économie mixte », dans lequel l’État et les services publics encadrent le marché, où l’impôt et la protection sociale prétendent atténuer les inégalités que crée le marché lui paraît obsolète. Nous voilà prévenus. »
En économie comme en politique, « Sarkozy a le culte des forts, des puissants, prévient l’élu socialiste. Ce darwinisme politique et social inspire ses convictions économiques : honneur à ceux qui créent des richesses ou réussissent, culpabilisation des chômeurs, des « assistés » ou des dépendants qui ne méritent, au mieux, qu’incitation et compassion. Ici encore, on retrouve tous les ingrédients idéologiques des néo-conservateurs américains. »
Haro sur les impôts
Sur le plan fiscal, son bilan, inspiré en droite ligne des décisions de l’UMP, se solde par une forte baisse de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur la fortune, en plus d’une diminution sensible des prélèvements sur la transmission du patrimoine des plus fortunés (donations, successions). « Certains de ses partisans évoquent parfois leur intérêt pour la « flat tax » (1) à l’impôt forfaitaire qui signerait la fin de l’impôt républicain, progressif et redistributif », ajoute Éric Besson.
La suppression des droits de succession ? « Une aberration fiscale ! », explique Alain Vidalies le député des Landes « Il n’est pas tolérable que les patrimoines constitués puissent croître en toute impunité, à l’heure où les inégalités ne cessent de se creuser, poursuit-il. Cette proposition est une véritable provocation pour ceux qui ne disposent, pour seule ressource, que du produit de leur retraite ! »
A bas le droit du travail
Concernant le droit du travail, il est un des principaux artisans de la suppression des cotisations sociales sur les heures supplémentaires. Véritable invitation aux abus en tous genres. « Devant les représentants du Medef, Sarkozy ne se prive pas de stigmatiser le droit de grève, ignorant au passage tout un pan de notre histoire et de la réalité du droit du travail. Cette proposition n’est pas seulement dangereuse. Elle est réactionnaire, irréfléchie et inconstitutionnelle », tempête Alain Vidalies, député des Landes.
La même idéologie lui vaut de suspendre tout accord portant sur la durée du temps de travail à un dispositif contractuel entre salariés et employeurs. « C’est le principe de l’Opt-out (2) qui nourrit le droit anglo-saxon et permet de déroger ainsi aux règles du droit, fulmine Alain Vidalies. Derrière l’habillage républicain, il tente ainsi d’importer en France un modèle libéral d’inspiration américaine. »
Remise en cause des services publics
« Un des thèmes quasi obsessionnels de Sarkozy est la réduction de l’intervention de l’État dans la société. », note pour sa part Christian Martin, secrétaire national du PS chargé des services publics. Dans sa conception de la « modernité », l’interventionnisme étatique est synonyme de bureaucratie, de gaspillage et d’inefficacité. Au nom de l’ouverture à la concurrence et de la recherche de la compétitivité polarisée sur la réduction des coûts salariaux, le périmètre et la qualité des missions d’intérêt général ont été sévèrement battus en brèche dans les domaines des télécommunications, de l’aménagement du territoire, des transports et de l’énergie. Dernier témoignage en date : le projet de privatisation de GDF, dans le cadre de la fusion avec Suez, en violation de l’engagement pris par Sarkozy devant le pays et gravé dans la loi, de ne pas abaisser au-dessous de 70 % la part de l’État dans le capital d’EDF et GDF.
Bruno Tranchant
(1) Impôt à taux unique
(2) Arrangement individuel entre le patron et l’employé pour allonger la durée hebdomadaire du travail.