Le Faux taux de chomâge

D’après les chiffres du Ministère du travail, le taux de chômage atteignait, en novembre 2006, 8,7 % de la population active, c’est-à-dire son niveau de la mi 2001. Monsieur Borloo en rougit de plaisir et adopte une pause pleine de fausse modestie. Il n’y a pourtant pas de quoi pavoiser.
Il faut quand même rappeler, comme le dénoncent de nombreuses associations, que cette définition restrictive ne comptabilise ne les travailleurs à temps partiel, ni les stagiaires, ni les chômeurs âgés, ni les chômeurs d’outre mer, ni les personnes qui recherchent un temps partiel. En vérité, les statistiques complètes de l’ANPE montrent que la France compte plus de 4 millions de chômeurs. Et encore, ces chiffres ne comptant pas les Français qui ont tout simplement renoncé à rechercher du travail.
Même en acceptant de ne prendre en considération que la définition (restrictive) du chômage que propose le Bureau international du travail, le bilan de la « bataille de l’emploi » de la droite, c’est quatre ans pour rien : la gauche avait fait passer le chômage de 12,6% de la population active 1997 à 9,1% en 2002. La droite l’a laissé remonter jusqu’à 9,9 % avant de le voir descendre à 8,7 %.
Mais la baisse de la droite n’est pas celle de la gauche : la démographie est enfin venue au secours du gouvernement. Lionel Jospin avait créé presque 1 million d’emplois en 5 ans, soit 200 000 par an en moyenne. Le gouvernement annonce une baisse de 250 000 chômeurs en 2005… mais crée moins de 100 000 emplois.
La baisse optique du chômage de la droite ne correspond à aucune reprise d’activités et à quasiment pas de création d’emplois. Elle découle :
• d’un mouvement démographique, les départs à la retraite augmentant continuellement. Entre 1997 et 2002, la population active augmentait de 200 000 par an. Il fallait créer 200 000 emplois par an pour maintenir un chômage constant. Aujourd’hui il en faut moins de 50 000 par an.
• de la forte augmentation des radiations administratives : 45 000 personnes ont été radiées des fichiers de l’ANPE entre février et avril 2006, 36 000 au mois de mai. Les services de l’ANPE ne cessent de dénoncer les pressions en vue d’augmenter le nombre de radiations. En outre, la réduction des durées d’indemnisation, (de 30 à 23 mois pour la principale filière), accroît le nombre de chômeurs en fin de droits, ces derniers ne s’inscrivant généralement pas à l’ANPE. Le nombre de RMIstes, en revanche, explose (près de 50 000 supplémentaires depuis un an et 170 000 depuis l’arrivée de la droite au pouvoir, soit près de 20 % en plus).
• du retour à des formes de traitement social du chômage, notamment avec le plan de cohésion sociale de Borloo. Si ce plan rétablit certains outils de la gauche, il ne compense pas les dégâts de leur démantèlement systématique depuis 2002. Si ces outils avaient été maintenus, le chômage serait beaucoup plus bas aujourd’hui.
De plus, les bénéficiaires des contrats de transition professionnelle (CTE) ou les bénéficiaires de conventions de reclassement personnalisé (CRP), ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage et seront donc d’abord des chômeurs déguisés.
Parallèlement, l’emploi marchand continue de stagner autour de 5 000 créations d’emplois par mois et un niveau d’offres d’emplois déposées à l’ANPE en chute libre. L’augmentation des offres précaires ou à temps partielles dans ce volant d’offres est considérable.
Le décalage est complet entre les déclarations triomphantes du gouvernement sur l’emploi et la réalité vécue par nos concitoyens.