Le bilan du ministre de l'intérieur

Publié le par PS-Maubeuge

Le bilan du ministre de l'intérieur

Delphine Batho : « Sur la défensive, Sarkozy a tenté de noyer le poisson »


Jeudi 8 juin, Nicolas Sarkozy semblait rendre les clés de son ministère : « Bilan avant liquidation » aurait pu être le titre de sa conférence de presse. Même si le ministre de l’intérieur a affirmé une fois de plus qu’il ne quittera pas son poste avant une hypothétique désignation du candidat à la présidentielle, Nicolas Sarkozy a, à grand renfort de chiffres, tenté de convaincre les Français de son efficacité. Efficacité des plus discutables comme l’explique Delphine Batho, secrétaire nationale du PS aux questions de sécurité.

Nicolas Sarkozy a, tout au long de sa conférence de presse, comparé et critiqué les résultats du gouvernement en Jospin en matière de sécurité par rapport aux siens. Que répondez-vous ?
Nicolas Sarkozy était sur la défensive tout au long de son exposé parce que son échec et celui de sa politique est désormais établi. Il a tenté d’esquiver la confrontation avec ses résultats. Il est vrai que la violence ne date pas d’hier et que l’action des socialistes entre 1997 et 2002 a révélé des insuffisances dont nous avons tiré des leçons. Mais sachant que la droite a fait campagne exclusivement sur le thème de l’insécurité en 2002 il est légitime qu’on juge son bilan au regard des engagements qu’elle avait pris et non pas en fonction de l’action de ses prédécesseurs.

La conférence de presse du ministre de l’intérieur à été un véritable bilan comptable, agrémenté d’une multitude de chiffres. Que penser de ce déballage statistique ?
Sarkozy a tenté de relativiser la montée de la violence dans la société française. Il a délibérément mis de côté des vérités dérangeantes, il a cité les chiffres qui l’arrangent. Il n’a par exemple pas parlé de l’augmentation de 73 % des violences avec arme dans les écoles, il n’a pas dit que les violences non crapuleuses contre les personnes sont en augmentation de 20 % depuis 2002, les violences urbaines sont complètement passées sous silence, elles ont pourtant atteint un niveau dramatique avec 45 000 voitures brûlées en 2005… et ainsi de suite, la liste est longue. Sa démonstration ne tenait pas la route quand on est confronté à la réalité quotidienne. C’était clairement un discours pour « noyer le poisson ».


Les crimes à la personne sont en augmentation, le ministre de l’intérieur les cantonne à des crimes perpétrés dans le cercle familial. N’est-ce pas un raccourci un peu facile ?
Lorsque le ministre de l’intérieur a abordé le problème des violences non crapuleuses, il a tenté de relativiser les chiffres. Ce type de violence n’existe pas qu’à l’intérieur du cercle familial, ce sont toutes les agressions violentes gratuites qu'on observe aujourd’hui. Elle est bien là la violence pure et elle augmente dans des proportions inquiétantes. Si on ajoute que ces chiffres sont encore loin de la réalité puisque seulement deux victimes sur trois déposent plainte, on prend pleinement la mesure de l’échec complet de la politique de Sarkozy. La police de proximité avait réussi à instituer un climat de confiance avec les forces de l’ordre qui permettait aux victimes d’aller plus facilement déclarer les crimes dont ils avaient été la cible. Aujourd’hui le dépôt de plainte est découragé, il y a une pression statistique qui s’exerce sur les policiers qui n’encourage pas à ce que les chiffres reflètent la réalité. 32 % des faits signalés par les victimes pour des problèmes de violence sont enregistrés uniquement sur une main courante au lieu de faire l’objet d’un dépôt de plainte.


Que pensez-vous des nombreuses mesures annoncées lors de cette conférence de presse ?
On peut s’interroger sur l’exercice qui consiste à annoncer de grandes mesures alors que l’on est ministre depuis 4 ans et qu’il reste moins d’un an avant les échéances présidentielles. Il fait des mesures comme s’il n’avait pas de bilan et comme si on ne pouvait pas saisir la réelle portée de ses résultats sur le terrain. Ce n’est pas une sorte d’acteur qui vient de la société publique qui décèle un problème et propose des solutions. Nicolas Sarkozy est aux responsabilités, il est au gouvernement ! Pour la prévention par exemple, il annonce un texte pour le mois de juin, c’est une réelle arlésienne : ce texte doit être présenté depuis 2002. En vérité la droite ne croit pas en la prévention, sa politique a d’ailleurs complètement déstabilisé les acteurs de terrain. Se sont donc, soit des propositions en l’air… soit son programme présidentiel.

Propos recueillis par Damien Ranger

Julien Dray : "La violence a augmenté en France depuis 2002"
"Nous contestons tous les chiffres livrés par le ministre de l'intérieur" a annoncé Julien Dray lors de sa conférence de presse suite aux déclarations de Nicolas Sarkozy sur le bilan de sa politique en matière de sécurité.



 

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Publié dans National

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